Deux ans après la finale perdue face au BO, le Stade Français retrouvera le Stade de France la semaine prochaine pour y disputer une nouvelle finale du Top 14. A Bordeaux, au terme d'un match longtemps verrouillé, les Parisiens ont pris leur revanche (18-6) face aux champions de France biarrots. Menés à la pause, les Stadistes ont su faire la différence après le repos grâce à des essais de Samo et Liebenberg mais aussi à une défense irréprochable. Samedi, l'autre demi-finale oppose à Marseille Toulouse à Clermont.
Dominici, chassé par Betsen, mais c'est Paris qui verra le Stade de France.
Paris est de retour en finale du championnat de France. Après trois saisons sans le moindre titre, le Stade Français retrouvera samedi prochain le Stade de France où il peut espérer décrocher un nouveau Bouclier de Brennus. Celui-là même que sa victime du soir, le Biarritz Olympique, après deux saisons victorieuses, s'est enfin résigné à lâcher vendredi, sur la pelouse de Chaban-Delmas, où les Basques n'ont pas su offrir à Thomas Lièvremont, sur le départ, la sortie qu'il méritait. "C'est bien pour le rugby français, commentera le troisième ligne international au micro de Canal+ à l'issue de la rencontre. Les gens devaient commencer à se lasser de nous voir en finale, pas nous."
Paris aussi n'en peut plus de voir passer les saisons sans titre. Et à voir Rémy Martin, en pleures au coup de sifflet final, on se dit que l'attente est décidément énorme du côté de la capitale: "Ça fait trois ans qu'on n'a pas de titre, on en a marre, il faut aller jusqu'au bout. Cette saison a été dure mais après il y a encore un match, il ne faut rien lâcher." Pour un peu, il en oublierait presque qu'il a une Coupe du monde à préparer: "Après ce sera les vacances, ce sera fini..." Paris martyrisé, à l'image de sa cohorte de blessés au moment d'aborder cette demi-finale face aux champions de France en titre, notamment en première ligne, mais Paris libéré et capable dans un choc qui n'aura jamais atteint des sommets techniques, de prendre ses responsabilités après le repos et surtout de prouver toute sa cohésion, celle construite tout au long de cette saison régulière que les hommes du président Guazzini auront dominé de bout en bout, en développant une défense héroïque pour défendre son avantage lorsque Juan-Martin Hernandez, son stratège, lui faisait défaut.
Le calvaire d'Hernandez
On attend Hernandez, la star parisienne, en ce début de rencontre, c'est un autre Puma, Agustin Pichot qui, le premier, provoque l'étincelle en prenant la valise dans la défense biarrote. Son coup de pied subtil cherche Julien Arias mais Philippe Bidabé veille et provoque une mêlée à cinq mètres, introduction parisienne (12e). La première alerte est pour le BO arc-bouté sur sa ligne d'en-but. Mais la mêlée parisienne, et le tout jeune papa, Rodrigo Roncero, sont pénalisés pour le plus grand soulagement des Biarrots (13e). Les esprits s'échauffent en même temps que Paris semble mettre sa main sur le match. Mais après un échange de drops ratés entre Argentins, Bosch échouant après Hernandez, qui a déjà manqué la cible en début de match (11e), Mike James est sanctionné pour une brutalité sur Serge Betsen. La pénalité est offert à Dimitri Yachvili, à hauteur des 22 mètres, dont la tentative, très aérienne, n'est pas validée par les arbitres (19e).
Des buteurs décidément pas en veine en cette première période à l'image d'un David Skrela à son tour en échec des 40 mètres (24e). Dans un match aussi verrouillé et de plus en plus sous tension, l'ouverture du score par Yachvili est une aubaine dans l'espoir d'une libération des intentions de part et d'autre (0-3, 25e). La réponse stadiste est immédiate ou presque et vient récompenser le gros travail des hommes de Galthié dans le jeu au ras, concrétisé par la pénalité de Skrela (3-3, 31e). Le score est enfin ouvert mais le match ne décolle pas et confine à la médiocrité avec une bonne quinzaine d'en-avants de part et d'autre après une demi-heure de jeu! Quand Biarritz se met en danger tout seul sur un jeu au pied en faillite totale, Paris brille par son indiscipline avec cet écran illicite de Rémy Martin qui offre trois points de plus sur un plateau (3-6, 35e). Une dernière accélération d'Hernandez, qui vient mourir à cinq mètres de la ligne adverse, et la sirène de la pause est vécue comme une libération tant cette première demi-finale déçoit.
La reprise est à double tranchant pour les Parisiens qui, s'ils égalisent par Skrela (6-6, 42e), perdent dès cette très bonne entame, leur talonneur Mathieu Blin, probablement victime d'un claquage à un mollet et remplacé par Benjamin Kayser. Les Biarrots ont-ils perdu de leur influx à effectuer l'aller-retour dans l'interminable couloir de Chaban-Delmas, toujours est-il que les joueurs du Stade Français, qui ont passé la mi-temps sur la pelouse, se jettent comme des morts de faim sur cette reprise. Mais Hernandez n'est pas plus en réussite sur son troisième drop raté de la soirée (47e). Depuis Auckland, on ignore si Bernard Laporte aura suivi cette première demi-finale, mais la performance de Serge Betsen, véritable poison pour Hernandez, est un drôle d'indicateur en vue de la Coupe du monde.
Paris, dix minutes héroïques
Mais même sans son maestro à son meilleur, Paris a pris le match à son compte et parvient enfin à trouver la faille sur un astucieux renversement de jeu à gauche qui trouve le surnombre et un Radike Samo, tout juste entré en jeu, qui enfonce Bidabé pour inscrire le premier essai de la partie (11-6, 56e). Un premier coup d'éclat que l'on pourrait croire décisif dans une rencontre aussi fermée... Mais Hernandez vit un calvaire et, sanctionné d'un carton jaune pour un plaquage sans ballon en position de dernier défenseur sur Sireli Bobo à un mètre de la ligne, l'Argentin laisse ses coéquipiers en infériorité numérique (59e). Le BO campe dans les cinq mètres adverses, mais par deux fois, sur un coup de pied en coin de Yachvili que Benjamin Noirot ne capte pas (62e), puis sur un ballon tombé par Bosch à un mètre de la ligne (65e), les Biarrots ne profitent pas de leur avantage.
La pénalité que Yachvili croit inscrire dans la foulée mais que ne valident pas les arbitres conforte un peu plus des Parisiens irréprochables et même héroïques en défense (68e). La rentrée en jeu d'Hernandez résonne comme un aveu d'impuissance pour les Biarrots qui cèdent définitivement lorsque Brian Liebenberg s'en va intercepter une passe de Bosch pour Jean-Baptiste Gobelet. Le centre parisien ne sera pas rattrapé. Le deuxième essai au bout de sa course enterre les derniers espoirs basques de réussir le triplé (18-6, 74e). Ce qu'un Yachvili très lucide ne pouvait que constater: "Les Parisiens méritent amplement leur qualification. C'est un match avec des hauts et des bas, à l'image de notre saison." Deux ans après, celle des Parisiens se finira de nouveau au Stade de France.